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Syrie : civils et rebelles attendent d'être évacués d'Alep

Syrie : civils et rebelles attendent d'être évacués d'Alep
Radio Monaco
Par Radio Monaco
mercredi 14 décembre 2016

Les rebelles et les civils qui le souhaitent, attendaient d'être évacués d'Alep après un accord conclu sous la houlette de la Russie et de la Turquie, une opération qui marquera la fin de plus de quatre ans de rébellion dans la deuxième ville de Syrie.
Les évacuations qui devaient commencer mercredi à 05h00 (03h00 GMT), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), n'avaient toujours pas commencé plus d'une demie heure plus tard, a constaté une journaliste de l'AFP sur place.
Du côté gouvernemental, la journaliste a vu dans le quartier de Salaheddine, divisé entre régime et rebelles, une vingtaine de bus verts en attente sans voir de civils ou d'insurgés dans les parages.
Six bus étaient brièvement entrés mardi soir dans le quartier avant d'en ressortir, vides.
L'accord d'évacuation a été annoncé mardi par des groupes rebelles et confirmé par la Russie et la Turquie, parrains respectifs du régime de Bachar al-Assad et de l'opposition, après le tollé international suscité par les atrocités qui auraient été commises contre les civils dans les quartiers repris par l'armée.
Le département d'Etat américain a précisé que Washington n'avait pas été consulté par Ankara et Moscou. "Même si c'est la fin du siège d'Alep, ce n'est pas la fin de la guerre en Syrie. Elle se poursuivra. L'opposition continuera à combattre", a déclaré son porte-parole John Kirby.
Sur le terrain, les armes se sont tues depuis le milieu de l'après-midi de mardi, après quatre semaines de bombardements intenses sur les quartiers tenus par les insurgés dans la partie orientale d'Alep, selon une journaliste de l'AFP et l'OSDH.
"Alep est dans une situation d'urgence absolue: environ 100.000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km carrés", a déclaré à l'AFP la présidente de Médecins du Monde, Dr Françoise Sivignon, appelant à sauver les civils de cet "enfer".
Selon un responsable d'un influent groupe rebelle à Alep, l'accord visant à évacuer "des quartiers assiégés les habitants et les rebelles avec leurs armes légères" a été conclu "sous la houlette de la Russie et de la Turquie".
"Les blessés et les civils seront évacués" en premier, puis suivront les rebelles, a déclaré à l'AFP Yasser al-Youssef, du groupe Noureddine al-Zinki. En sortant, "ils choisiront de se rendre soit dans l'ouest de la province d'Alep ou vers la province d'Idleb (nord-ouest)", des régions sous contrôle rebelle.
- 'Des observateurs impartiaux' -
A New York, où une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU s'est tenue, l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a confirmé un accord pour évacuer les rebelles d'Alep.
Son homologue américaine à l'ONU Samantha Power a réclamé des "observateurs internationaux impartiaux" pour superviser l'évacuation des civils qui "ont peur d'être abattus dans la rue ou emmenés vers un des goulags d'Assad".
Les Affaires étrangères turques ont parlé "d'un cessez-le-feu" à Alep et d'un "consensus" pour que les civils suivis par des groupes d'opposition soient évacués en direction d'Idleb.
Déjà plus de 130.000 civils ont fui les quartiers Est, selon l'OSDH.
De son côté, le vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek a fait savoir sur Twitter que la Turquie allait "installer un camp de tentes pour accueillir jusqu'à 80.000 réfugiés syriens fuyant Alep", sans plus de détails.
Soumis depuis quatre semaines à de violents bombardements aériens et à l'artillerie, les rebelles ont perdu la quasi-totalité de leur ancien bastion d'Alep-Est conquis en 2012 et sont désormais cantonnés surtout dans le grand quartier d'al-Machad.
Une reprise totale d'Alep permettra au régime de contrôler les cinq plus grandes villes du pays, avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié. Un revirement rendu possible par le soutien crucial de Moscou, allié indéfectible du régime.
Incapable d'arrêter la machine de guerre du régime de Bachar al-Assad, qui a reconquis la quasi-totalité d'Alep à la faveur d'une offensive dévastatrice lancée le 15 novembre, la communauté internationale a tenté d'y stopper le drame humanitaire.
Le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme, Rupert Colville, a fait état "d'informations indiquant que des forces progouvernementales avaient tué au moins 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants", dans des quartiers de la ville repris par l'armée.
Le chef du groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie, Jan Egeland, a dénoncé "les atrocités commises par les milices victorieuses à Alep".
- Ruines à perte de vue -
"Nous sommes prêts mais nous voulons connaître les modalités" de l'opération d'évacuation, a déclaré à l'AFP Ibrahim Abou al-Leith, porte-parole des Casques Blancs, ces secouristes dans le secteur rebelle.
"Franchement, je ne veux pas partir. Personne n'est heureux d'être chassé de son pays", a-t-il ajouté.
L'armée syrienne et ses alliés, des combattants iraniens et du Hezbollah libanais, contrôlent désormais plus de 90% d'Alep-Est, selon l'OSDH.
La télévision d'Etat a diffusé des images filmées dans les quartiers repris aux rebelles: des ruines et des gravats à perte de vue.
Quittant cette zone, des centaines d'hommes et de femmes formaient une file sans fin et avançaient à petits pas dans le froid et la boue, certains emmitouflés dans des couvertures ou des manteaux, portant leurs enfants et leurs maigres possessions dans des sacs en plastique.
En quatre semaines, l'offensive a coûté la vie à plus de 463 civils à Alep-Est selon l'OSDH, tandis que 130 civils étaient tués par des tirs rebelles à Alep-Ouest.
Le conflit en Syrie a fait depuis mars 2011 plus de 310.000 morts et jeté hors de leurs foyers plus de la moitié de la population.