MONTE-CARLO NEW YORK

Ray Charles et Juan-les-Pins, coup de foudre dans la pinède

Pochette Ray Charles 1961

Pour la suite de nos Carnets de l’été dédiés aux légendes de la musique sur la Côte d’Azur, on vous dit tout sur la love affair entre Ray Charles et Juan-les-Pins. Cette histoire d’amour née en 1961 va durer 40 ans. Toujours ravi de jouer sur la scène de la pinède Gould, Ray Charles participera au total à 14 éditions du festival de jazz d’Antibes Juan-les-Pins. Un récit de Nathalie Michet.

On connaît la formule éculée de Blaise Pascal: “le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point”. Et pourtant, on a bien quelques indices sur le coup de foudre entre Ray Charles et Juan-les-Pins en 1961. Cette année-là, le festival de jazz antibois en est à sa deuxième édition et il attire déjà des monuments comme Count Basie et Bille Coleman. Un certain Ray Charles se laisse alors tenter. Lui qui jusque-là n’a jamais donné de concert en dehors des Etats-Unis. Ce voyage sur la Côte d’Azur lui offre donc une respiration. Un grand bol d’air loin du sol américain et de la ségrégation imposée aux noirs dans les États du Sud.

Un accueil triomphal

Comme le souligne Renaud Duménil, membre de la team Jazz à Juan et surtout mémoire du festival, Ray Charles est accueilli comme une star. Quand il atterrit à Paris, la télévision publique va à sa rencontre pour une première interview. Le journaliste lui demande alors si le festival d’Antibes-Juan-les-Pins a des chances d’acquérir la même renommée que celui de Newport, créé en 1954. Sans aucune hésitation, l’artiste né en en Georgie répond: « nous ferons de notre mieux« . Loin de lancer une parole en l’air, le pianiste fait alors une vraie promesse, qu’il tiendra de tout son cœur.

Des concerts et des vacances

©Jazz à Juan- 1990

Affiche du festival de jazz d’Antibes Juan-les-Pins avec Ray Charles en vedette en 1990.

En effet, jusqu’en 2001 (ndlr: trois ans avant sa mort), Ray Charles va se produire à 14 reprises sur la scène de la pinède Gould. Quand on l’interroge sur les raisons de cette fidélité, le Genius cite la qualité du public, qui sait l’écouter et lui répondre, mais aussi la magie des lieux.

S’il lui est impossible d’admirer le bleu infini de la Méditerranée, l’artiste se délecte de l’atmosphère ambiante. Chaque participation au festival est pour lui l’occasion de prendre des vacances et de se prélasser sur les plages. Dès octobre 1961, il affirmera d’ailleurs avoir l’intention d’acheter une villa sur la Côte d’Azur. « Je crois que ça me plairait de vivre là, j’adore cet endroit« , déclare-t-il alors au micro du journaliste français Gilbert Lauzun.

Une nuit d’été pour dire adieu

Le 10 juin 2004, Ray Charles succombe à une cirrhose. Et pour cause, le musicien n’avait trouvé d’autre solution que l’alcool pour réussir à se passer des drogues dures à partir de 1966. Dans cette vie extraordinaire faite de douleur et de gloire, les escapades azuréennes auront sans doute offert à l’artiste de précieuses parenthèses de douceur. Alors que le monde des vivants pleure sa disparition, le chagrin gagne évidemment Juan-les-Pins.

Le 14 juillet 2004, les organisateurs du festival décident ainsi de rendre hommage à Ray Charles. Sous les pins centenaires, face à la mer, les ultimes retrouvailles passent par un écran géant, dressé au dessus de la scène. Comme le raconte Renaud Duménil, le public assiste à la retransmission d’un des anciens concerts de l’artiste. Exactement à l’endroit où il l’avait interprété pour la première fois en Europe, Ray Charles entonne alors Georgia, son titre emblématique. On peut retrouver cette séquence émotion dans le très beau livre Antibes Juan les Pins, 50 ans de jazz”, écrit par Renaud Dumenil et publié chez Autre Vue.

Categories : Musique / Nathalie Michet / 14 juillet 2022

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Nathalie Michet

Journaliste du Morning Made In Monte-Carlo sur Radio Monaco tous les matins entre 6h00 et 9h.

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